Savez-vous ce qui arrive quand on écrit un livre?
Tout part d’une rencontre. Celle d’une personne. Inconnue au départ, elle devient familière au fur et à mesure qu’elle se révèle, jusqu’à devenir un.e ami.e intime. Cette personne est souvent porteuse d’un secret devenu de plus en plus lourd avec l’âge. Et c’est alors l’invitation à l’écrire qui surgit, presque un ordre. Ce n’est pas seulement qu’une force qui vous pousse à partir à la découverte des choses mais c’est aussi une force qui finit par devenir une obsession.
Pendant des mois elle régit votre existence.
Bien sûr on peut se demander pourquoi la personne concernée n’écrit-elle pas elle-même ce livre ?
La réponse est qu’elle l’a déjà écrit.
C’est sa vie.
Lire
Le fait de lire, pour moi, est une revanche sur mon enfance. Je suis né quelques années avant la guerre d’Algérie. J’étais en âge d’être scolarisé mais cela ne s’était pas fait. Durant les années qui ont précédé la fin de la guerre, je voyais les autres enfants aller à l’école, avoir des cartables, des cahiers, des livres et je les enviais. Je regardais les livres, les journaux , mais je ne pouvais pas lire ce qu’ils contenaient. À l’indépendance, j’ai enfin rejoint l’école. J’avais 10 ans. J’étais sauvé.
« À moi. L'histoire d'une de mes folies » disait Rimbaud dans Une saison en Enfer.
À propos des livres
Le paradoxe
Les hommes croient au récit tout en n’y croyant pas. L’ambivalence ne les dérange pas. Fiction et réalité effacent les frontières, se mélangent sans que personne proteste, pour le plaisir de tous. Tant ceux qui écoutent que ceux qui racontent se meuvent dans un espace délesté de contrôles, un lieu où l’on préfère aux faits la beauté, la leçon, l’émotion. Le plausible l’emporte sur la réalité. Même une une invraisemblance vraisemblable, si elle serve le conte, vaut mieux qu’une vérité qui le gâche.
Eric-Emmanuel Schmitt